C'est là une interrogation grave. Nous ne savons y répondre, malgré toutes les avancées de la recherche fondamentale. Et nous payons notre ignorance par l'impossibilité d'exercer le moindre contrôle sur l'espace et le temps, paramètres essentiels à notre existence et à notre devenir. Mais, pourrons-nous un jour répondre à cette question essentielle? Et, dans le meilleur des scénarios, sera-t-il pour autant possible d'exploiter pratiquement cette connaissance? Nul ne le sait. En réalité, les échelles d'énergie auxquelles on peut espérer explorer les propriétés des constituants de la matière sont très supèrieures à celles des phénoménes qui gouvernent la vie courante, et les échelles de distance correspondantes, bien plus petites.
D'autre part, la Physique de ce siècle nous a surpris à plusieurs reprises quant à ses conséquences pratiques, administrant des leçons implacables à des "planificateurs" peu imaginatifs. Le développement de l'énergie nucléaire et du laser nous en fournit deux preuves spectaculaires, mais les cas sont très nombreux. Seuls les esprits bornés peuvent accuser la recherche fondamentale d' "académicisme" parce que les chercheurs de ces disciplines ne se comportent pas comme des chasseurs de brevets et de primes. L'apport de cette recherche à la société ne se mesure pas, loin de là, au nombre des brevets. En nous posant des questions telles que: qu'est-ce que la matière? qu'est-ce que l'espace et le temps?... nous sommes certains de nous attaquer à des questions essentielles. Le reste viendra, peut-être, par les chemins les plus inattendus.